Il tombe de la neige fondue
Hé ! Laisse-moi piquer
la nuque avec un bistouri
(Mizoreru sono unaji ni mesu wo sasasei)
Ippekirô Nakatsuka, 1913 (traduction : Umakichi Umayama)
Le haïku comporte normalement 17 mores en trois segments 5-7-5. Il doit donner une notion de saison (le kigo) et doit comporter une césure (le kireji).
Mais le haïku de forme libre (jiyûritsu haiku) n’est pas esclave du nombre des mores ou de la notion de saison. Comment donc peut-on le considérer comme haïku ? Je le réfléchirai progressivement.
Pour le moment, je voudrais évoquer deux points suivants ; (i) le haïku moderne, que Shiki Masaoka (1867-1902) innovait, déjà arrivait à la forme libre par la deuxième génération comme Hekigotô Kawahigashi (1873-1937). Et (ii) l’âge d’or du haïku de forme libre et l’ère Taishô (1912-1926) se superposent.
L’ère Taishô est la période la plus libérale du Japon d’avant-guerre. Dans le contexte libéral, la culture populaire s’épanouit. Sous l’influence de l’esthétisme et le dadaïsme en Europe, cette culture a penchant à la décadence. On l’appelle « l’érotique grotesque et non-sens » (ero-guro-nansensu) à cette époque-là.
Le haïku ensorcelant d’Ippekirô Nakatsuka (1887-1946) prouve qu’on peut exprimer l’érotisme même dans le haïku. Je ne suis pas sûr de réussir dans ma traduction en français, mais il épanche son désir sexuel (de tendance pervers) nonchalamment avec les termes plaisants qui n’est pas sérieux. L’humour est exactement convenable au haïku.